22.

La réunion avait été fixée à 9 heures du soir dans le bureau du dernier étage de l’immeuble Mayfair. Lightner, Anne-Marie, Lauren, Ryan, Randall et Fielding étaient déjà arrivés. Manifestement, Fielding n’aurait pas dû être là, à cause de son état de santé. Mais personne ne songea à lui reprocher sa présence.

L’entrée de Pierce et de Mona ne provoqua ni protestation ni surprise. Tous les regards se tournèrent vers la jeune fille, que personne n’avait jamais vue dans un tailleur de laine bleu, celui de sa mère, un peu grand pour elle mais pas tant que ça. Elle faisait plusieurs années de plus mais c’était davantage à cause de l’expression de son visage que de la disparition de ses bouclettes et de son ruban. Elle portait des talons hauts qui la mettaient particulièrement en valeur et Pierce essayait de détourner son regard de ses jambes magnifiques.

Pierce n’avait jamais eu des relations faciles avec sa cousine, même lorsqu’elle était toute petite. Quand elle avait quatre ans et lui onze, elle avait déjà quelque chose d’extrêmement séduisant. Ces cinq dernières années, elle avait essayé plus d’une fois de l’entraîner dans les bois mais il lui avait toujours opposé l’excuse qu’elle était trop jeune. Et c’était vraiment pour trouver une excuse.

— Nos mères sont mortes, lui avait-elle chuchoté pendant le trajet.

C’étaient les seuls mots qu’elle avait prononcés entre Amelia Street et le bureau.

À un moment ou à un autre, les autres allaient devoir comprendre que Mona avait pris les choses en main. Pierce était allé à Amelia Street pour prévenir qu’on contactait tous les Mayfair, même ceux d’Europe. Il avait l’impression de maîtriser parfaitement la situation. En fait, il était curieusement survolté, comme on peut l’être quand la mort interrompt brutalement le cours normal de la vie. Pierce se disait que les gens devaient avoir un état d’esprit identique au début d’une guerre, avant que la souffrance et la mort ne plongent tout le monde dans le désespoir.

Quoi qu’il en soit, lorsqu’on l’avait prévenu que Mandy Mayfair était morte aussi, il était resté muet au bout du fil. Mona était là.

— Passe-moi le téléphone, avait-elle simplement dit.

Mandy Mayfair était morte vers midi, avant Édith et Alicia. Visiblement, elle était en train de s’habiller pour l’enterrement de Gifford : son livre de prières et son chapelet étaient posés sur le lit. Les portes-fenêtres de son appartement du quartier français étaient grandes ouvertes sur la petite cour de derrière. N’importe qui pouvait grimper par-dessus le mur. Il n’y avait aucun autre signe d’acte criminel, comme avait dit la police, ni d’effraction. On avait retrouvé Mandy par terre dans la salle de bains, les genoux repliés, les bras serrés autour de sa taille. Des fleurs étaient éparpillées un peu partout. La police avait découvert qu’elles provenaient du jardin. C’étaient des fleurs de lantanier orange et violet qui avaient refleuri dans les mois chauds qui avaient suivi Noël. Le corps de Mandy en était parsemé.

Pierce tira galamment une chaise pour que Mona s’assoie, l’installa confortablement et s’assit à son tour. Bizarrement, c’était Randall qui était en face de lui. Mais, lorsqu’il vit l’expression du visage de son père, il comprit. Randall présidait la séance. Ryan n’était pas en état de faire quoi que ce fût.

— Donc, vous avez compris que les choses ne sont pas telles que nous les croyions, dit Mona.

Au grand étonnement de Pierce, tout le monde hocha la tête, du moins ceux qui étaient en état de réagir. Lauren avait l’air épuisée mais calme. Anne-Marie était la seule à paraître horrifiée.

La plus grande surprise venait de Lightner. Il regardait par la fenêtre, vers le fleuve et les ponts éclairés de Crescent City Connection. Il ne semblait pas avoir remarqué la présence de Pierce et de Mona.

— Aaron, ait Pierce. Je pensais que vous pourriez nous aider, donner une orientation à nos recherches.

Aaron se retourna vers la table, croisa les bras puis regarda tour à tour Mona et Pierce.

— Pourquoi me feriez-vous confiance maintenant ? demanda-t-il d’une voix posée.

— En résumé, dit Randall, nous savons qu’il s’agit d’un individu d’un mètre quatre-vingt-quinze, aux cheveux noirs, et qu’il est une sorte de mutant. Nous savons qu’Édith et Alicia ont fait des fausses couches et que, selon les premiers résultats des autopsies, cet individu en est la cause. Dans deux cas au moins, le développement embryonnaire était extrêmement accéléré et les mères sont entrées en état de choc dans les heures qui ont suivi leur fécondation. Nous attendons d’un instant à l’autre que Houston confirme ces mêmes résultats pour Lindsay et Clytee.

— Et nous savons que cet individu veut à tout prix se reproduire, ajouta froidement Lauren. Il recherche les femmes de la famille qui auraient des anomalies génétiques compatibles avec lui.

— Par ailleurs, nous avons découvert que cet individu choisit ses victimes parmi les membres de la famille ayant le plus grand nombre de liens de consanguinité.

— OK, intervint Mona. Quatre décès ici et deux à Houston. Ceux de Houston ont eu lieu plus tard.

— Plusieurs heures plus tard, dit Randall. L’individu a eu le temps matériel de prendre un avion.

— Autrement dit, il n’y a rien de surnaturel dans tout ça, commenta Pierce. Si c’est « l’homme », il est bien en chair et en os, comme mère l’a dit, et il se déplace comme n’importe quel être humain.

— Quand ta mère a-t-elle dit que c’était l’homme ?

— Je suis désolé, intervint calmement Ryan, Gifford a dit cela il y a quelque temps. Mais elle n’en savait pas plus que nous. C’était une hypothèse de sa part. Tenons-nous-en à ce que nous savons avec certitude. Randall disait donc que c’était un individu.

— Oui, dit Randall, reprenant la parole. Et si nous recoupons nos informations avec celles de Lightner et du Dr Larkin, nous avons toutes les raisons de croire que cet individu possède un génome unique. Il a quatre-vingt-douze chromosomes, c’est-à-dire le double de ceux d’un être humain, et nous savons par ailleurs que les protéines et les enzymes de son sang et de ses cellules sont différentes. C’est un soulagement de savoir que c’est un homme et que, par conséquent, on peut l’empêcher de continuer. Quelle que soit son histoire, quels que soient les mystères qui ont présidé à sa venue, ou à sa conception, j’ignore comment appeler cela, c’est un être humain que l’on peut appréhender.

— Justement, dit Mona.

Elle s’exprimait comme à son habitude, comme si tout le monde était prêt à l’écouter. Elle avait l’air si différente avec ses cheveux roux tirés en arrière, à la fois plus jeune et plus vieille.

— Il est évident qu’il essaie d’être plus qu’un être humain, poursuivit-elle. Et si ces embryons se développent plus rapidement que la normale, ce qui, à mon avis, est un euphémisme, cette créature peut avoir un enfant en un rien de temps.

— C’est parfaitement exact, dit Lightner. Et nous ne sommes pas en mesure de prévoir non plus le rythme de croissance d’un tel enfant. Il se peut qu’il se développe aussi rapidement que la créature elle-même, bien que ce phénomène reste pour nous un total mystère. Il est concevable qu’elle s’accouple avec l’enfant. En fait, ce sera, à mon avis, la première chose qu’elle fera puisque les autres moyens qu’elle a employés n’ont abouti qu’à des décès.

— Mon Dieu ! vous voulez dire que c’est ce qu’elle essaie de faire ? demanda Anne-Marie.

— Et Rowan ? interrogea Mona. A-t-on du nouveau ?

Tous firent des signes négatifs. Seul Ryan prit la peine de formuler le mot non.

— OK, dit Mona. J’ai quelque chose à vous annoncer. La créature a failli m’avoir. Voici ce qui s’est passé…

Elle avait déjà raconté l’histoire à Pierce, à Amelia Street. Mais, en l’écoutant, il se rendit compte qu’elle omettait certains détails : qu’elle était avec Michael, nue, qu’elle avait dormi sans vêtements dans la bibliothèque, que le Victrola l’avait réveillée et non pas l’ouverture de la porte-fenêtre. Pierce se demanda pourquoi elle omettait ces faits. Il lui sembla que, toute sa vie, il avait écouté des Mayfair pécher par omission. Il avait envie de dire : dis-leur que le Victrola était en marche, dis-leur. Mais il n’osa pas.

Il semblait y avoir une incompatibilité grotesque entre l’individu mutant, comme ils l’appelaient, et les légendes et miracles qui avaient toujours plané sur First Street. Cette histoire de Victrola qui jouait tout seul appartenait à une autre réalité que l’ADN, l’ARN et les empreintes digitales pour le moins étranges retrouvées par la police dans l’appartement de Mandy Mayfair.

La mort de Mandy était la première à être considérée comme un meurtre. C’était à cause de toutes les fleurs répandues sur son corps. À l’évidence, elle n’avait pu faire ça elle-même, pas plus que les marques sur son cou qui indiquaient qu’elle s’était débattue. Gifford ne s’était pas débattue. Elle n’avait pas de marques. Sa mère avait dû se laisser prendre par surprise. Pas de peur. Pas de souffrance. Pas de marque.

Mona était en train de parler de l’odeur.

— Je vois de quoi tu parles, dit Ryan qui, pour la première fois, eut l’air de s’intéresser à la conversation. Je connais cette odeur. Je l’ai sentie à Destin. Elle ne sent pas mauvais. C’est presque…

— C’est une odeur délicieuse. Elle donne envie de la respirer. Je la sens en permanence à First Street.

Ryan secoua la tête.

— À Destin, elle était très faible.

— Faible pour toi, forte pour moi. Tu ne comprends donc pas que c’était probablement un signe de compatibilité génétique ?

— Mais enfin, Mona, qu’est-ce que tu y connais à la compatibilité génétique ? explosa Randall.

— Ne t’en prends pas à elle, intercéda gentiment Ryan. Ce n’est pas le moment. Nous avons quelque chose de… spécifique à faire. Trouver cette créature. Où va-t-elle se manifester la prochaine fois ? Mona, tu as vu quelque chose ?

— Non, rien du tout. Mais il faut que je réessaie d’appeler Michael. Cela fait deux heures que je tente de le joindre. Il ne répond pas. Je suis très inquiète. Je crois que je vais…

— Pas question que tu quittes cette pièce, dit Pierce. Tu n’iras nulle part sans moi.

— D’accord. Viens avec moi, si tu veux.

Lauren fit alors un de ses gestes habituels pour attirer l’attention de tout le monde : elle tapa son crayon sur la table. Juste deux petits coups. Pas de quoi énerver, songea Pierce.

— Reprenons. Toutes les femmes ont été prévenues ?

— Normalement, oui, répondit Anne-Marie. Espérons que si nous ne connaissons pas tous les Mayfair, la créature non plus.

— Nous avons envoyé des gens chercher des témoins oculaires dans toute La Nouvelle-Orléans et dans tout Houston, dit Lauren.

— Oui, mais personne n’a vu cet homme entrer ou sortir.

— Mais nous savons à quoi il ressemble, ajouta Mona. Le Dr Larkin nous l’a décrit et les témoins d’Écosse aussi. Sans oublier Michael.

— Lauren, nous ne pouvons qu’attendre, dit Randall. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir. La seule chose à faire est de rester tous ensemble. La créature ne renoncera pas et nous devons être prêts lorsqu’elle agira.

— C’est-à-dire ? demanda Mona.

— Aaron, dit Ryan d’une voix douce, vos collègues d’Amsterdam et de Londres ne peuvent-ils pas nous donner un coup de main ? Je pensais que ce genre d’affaire était votre domaine. Gifford n’arrêtait pas de dire : « Aaron sait » ou « Parlez-en à Aaron ».

Son sourire avait quelque chose de triste et de curieux.

Pierce n’avait jamais vu son père agir ou parler de cette façon.

— Tout le problème est là, répondit Aaron. Je n’en sais rien. Je pensais connaître à fond l’histoire des sorcières Mayfair mais, visiblement, certaines choses m’échappent complètement. Des membres de notre ordre font des recherches sans me consulter. Et je n’obtiens aucune réponse claire de la part du bureau de Londres. On me répète d’attendre d’être contacté. Je suis désemparé. Je ne sais vraiment pas quoi vous dire, à part que je suis dégoûté.

— Vous n’allez tout de même pas nous laisser tomber ? demanda Mona. Oubliez ces types de Londres et restez à nos côtés.

— Vous marquez un point, dit-il. Mais je n’ai rien de nouveau à vous proposer.

— Allez, ne désespérez pas ! l’encouragea Mona. Bon, est-ce que quelqu’un peut aller appeler Michael ? Je ne comprends pas que nous n’ayons pas de nouvelle de lui. Il était censé se changer et venir à Amelia Street.

— C’est peut-être ce qu’il a fait, dit Anne-Marie.

Elle appuya sur le bouton d’une petite boîte placée sous la table et, d’une voix contenue, dit dans l’interphone :

— Joyce, veuillez appeler Amelia Street. Voyez si Michael Curry y est.

Elle regarda Mona.

— C’est aussi simple que ça.

— Eh bien, si je peux dire quelque chose…, commença Aaron.

— Oui ? le pressa Mona.

— Je dirais que la créature cherche certainement une femme pour s’accoupler. Si elle la trouve, si elle conçoit un enfant qui naît pendant qu’elle est encore sur place et si elle l’emmène, nous aurons un problème de taille.

— À mon avis, dit Randall, mieux vaut essayer d’attraper cette créature qu’échafauder des hypothèses sur ce qui se passerait si…

— Bien sûr, dit Aaron. Mais nous devons repenser aux déclarations du Dr Larkin et à ce que Rowan lui a dit. Cette créature possède un énorme avantage sur le plan de la reproduction. Vous comprenez ce que cela signifie ? Depuis des siècles, votre famille s’est complue dans une histoire fort simple : celle de « l’homme », cet esprit qui voulait devenir chair et os. Or, aujourd’hui, la situation est bien pire : l’homme n’est pas seulement en chair et en os, il est d’une espèce unique et très puissante.

— Pensez-vous que cette créature était prédéterminée ? demanda Lauren de cette voix froide et lente qui trahissait toujours chez elle un profond malheur et une grande détermination. Pensez-vous qu’elle était prédéterminée depuis le début ? Que nous devions non seulement la nourrir en notre sein mais aussi lui fournir des femmes ?

— Je l’ignore, dit Aaron. En revanche, je peux dire que, quelle que soit sa supériorité, cet individu a nécessairement un point faible.

— L’odeur ! Il ne peut pas la dissimuler, suggéra Mona.

— Non, je parle d’un point faible du point de vue physique, dit Aaron.

— Mais non ! Le Dr Larkin a été catégorique. Les gens de New York aussi. La créature semble dotée d’un système immunitaire très perfectionné.

— Croître, multiplier et assujettir la Terre, dit Mona.

— C’est ce qu’elle va faire si nous ne l’arrêtons pas, dit tranquillement Aaron.

 

L'heure des Sorcières
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